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jeudi, 09 janvier 2020 21:24

Olivier Cigolotti : « Les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran ne doivent pas être prises à la légère »

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Olivier Cigolotti, sénateur de la Haute-Loire, est vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Il livre son regard sur la situation géopolitique entre les Etats-Unis et l'Iran après la montée des violences des derniers jours.

Quel regard portez-vous sur la situation entre les Etats-Unis et l'Iran ?

La tension entre Washington et Téhéran n'a cessé de monter depuis le retrait de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (retrait unilatéral des États Unis) en mai 2018 et le rétablissement des sanctions économiques par les Etats Unis en Aout 2018.

Au fil des mois, ce bras de fer diplomatique et économique s'est mué en épisodes de plus en plus violents jusqu'à l'assassinat, décidé par Donald Trump, du chef des forces spéciales des Gardiens de la Révolution iraniens, le général Gassem Souleimani, ce 2 janvier.

Alors que son prédécesseur, Barack Obama, avait tout fait pour améliorer les relations entre Washington et Téhéran, Donald Trump a sorti les Etats-Unis de l’accord de Vienne. Cet accord avait été signé trois ans plus tôt par l’Iran d’une part, l’Union européenne et les pays du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Allemagne) d’autre part.

Acculé, l’Iran a annoncé qu’il ne serait plus contraint par l’accord de Vienne. Progressivement, le pays a donc commencé à ne plus en respecter les dispositions – sans pour autant le dénoncer officiellement.

Un mois après le retrait des Etats-Unis, Téhéran annonce ainsi d’abord son plan pour accroître le nombre de ses centrifugeuses – permettant d’augmenter son stock d’uranium enrichi. En juillet 2019, les autorités iraniennes ont annoncé reprendre l’enrichissement d’uranium au-delà du taux autorisé de 3,67 % – jusqu’à 4,5 %, un niveau cependant loin des 90 % nécessaires pour envisager la fabrication d’une bombe atomique. Puis, elles ont reconnu que leur stock d’uranium faiblement enrichi dépassait les 300 kg autorisés. Ces violations mineures, mais répétées, de l’accord ne sont pas analysées par les experts comme une réelle reprise d’un programme nucléaire militaire, mais comme un « appel au secours à ses partenaires ».

Afin de survivre économiquement, l’Iran a également entrepris de contourner le blocus imposé par Washington sur ses exportations de pétrole. Les transporteurs iraniens ont immatriculé leurs navires à l’étranger et dès octobre 2018, ses navires-citernes ont coupé leurs balises GPS afin de masquer leurs mouvements.

Les incidents de navires pétroliers se sont alors multipliés. En juin, deux navires norvégien et japonais croisant dans le Golfe ont été la cible d’une attaque indéterminée que les Etats-Unis ont imputée à l’Iran. Au début de juillet, les autorités britanniques ont saisi un pétrolier iranien au large de Gibraltar, accusé de vouloir livrer la Syrie, soumise à un embargo. En réponse, les gardiens de la révolution islamique ont arraisonné un pétrolier suédois, puis saisi un navire sous pavillon britannique.

La tension est encore montée d’un cran à la mi-septembre 2019 à la suite de l’attaque de deux infrastructures du secteur pétrolier saoudien, l’usine d’Abqaïq et le champ de Khouraïs. La capacité de production d’Aramco, la société du royaume saoudien, allié des Etats-Unis, avait été divisée par deux à cause de cet événement. Les Etats-Unis ont rapidement accusé Téhéran, suivis quelques jours plus tard par Paris, Berlin et Londres.


Craignez-vous une escalade de la violence et du conflit ? Est-on aux portes d'une troisième guerre mondiale ?

L’assassinat ciblé de Ghassem Soleimani par les Etats-Unis constitue sans nul doute l’évènement politique et militaire le plus important de ces dernières années dans la région. A la tête de la force Al-Qods, M. Soleimani était en effet le responsable de l’expansion iranienne au Moyen-Orient, et à ce titre l’architecte d’un réseau de milices alliées en Syrie, en Irak ou encore au Liban. Signe de sa position éminente, il disposait d’un accès direct au Guide Suprême iranien Ali Khamenei. Il constituait dès lors une cible évidente pour Washington dans le cadre de sa lutte contre Téhéran dans l’ensemble du Moyen-Orient.

La situation politique interne aux Etats-Unis pourrait aussi expliquer en partie la décision présidentielle de faire franchir ainsi un palier supplémentaire à la confrontation avec Téhéran. M. Trump fait l’objet, depuis plusieurs semaines, d’une procédure de destitution. Un affrontement armé avec l’ennemi de toujours qu’est l’Iran lui permettrait de dévier l’attention de l’opinion, tout en réveillant le patriotisme de sa base alors que l’attaque de l’ambassade américaine à Bagdad a réveillé le souvenir de la prise d’otage à l’ambassade de Téhéran en 1979.

Cet assassinat par frappe aérienne résulte en outre d’un véritable tour de force en termes de renseignement de la part des américains, les déplacements de Ghassem Soleimani étant considérés comme impossibles à connaître ou à prévoir.

Cette situation doit être prise en compte avec le plus grand sérieux. Cependant, la riposte tout à fait mesurée de Téhéran par l'envoi de quelques missiles sur les bases américaines, n'ayant pas fait de victimes, une désescalade peut être envisagée.

La situation aurait été bien différente si des intérêts américains ou israéliens avaient été ciblés.

Quelle place doit occuper la France dans ce conflit ?

La France a pour avantage diplomatique d'être en capacité de discuter avec tout le monde ; nous devons au sein de l'Union européenne et au conseil de sécurité des Nations unies tout mettre en œuvre pour que ce conflit puisse retomber en intensité.


Faut-il retirer les forces françaises de la région ? Ou mettre davantage de soldats ?

Le positionnement de nos troupes en Irak résulte d'un seul objectif : la lutte contre le terrorisme et plus particulièrement de la lutte contre Daesh.

Dès le début de cette semaine, les conditions de sécurité de nos soldats ont été renforcées, mais il n'est pas pour l'heure question de retrait ou d'envoi de troupes complémentaires. Nous disposons si besoin de forces complémentaires aux Emirats arabes unis et en Jordanie


Avez-vous eu l'occasion de vous rendre sur les bases visées par les attaques ?

Non, mes déplacements dans le cadre de la lutte contre les groupes armés terroristes m'ont amené à me rendre à plusieurs reprises au Sahel, au Niger et au Mali et au Levant, notamment sur la base aérienne projetée en Jordanie.


Faut-il se montrer inquiet ou rassurant ?

Comme je l'ai évoqué, ces tensions ne doivent pas être prises à la légère. Il est en outre d’ores et déjà possible d’en distinguer certaines implications dans les différents pays du Moyen-Orient :

En Iran, malgré ses appels à la vengeance, Téhéran n’a pas les moyens de faire face à une guerre conventionnelle contre Washington. En revanche, la République Islamique peut agir de manière moins frontale, y compris contre les alliés de l’Amérique, et en particulier Israël, d’autant que la Force Al-Qods (unité d'élite du Corps des Gardiens de la révolution islamique) ne disparaît pas avec son chef. La toile patiemment tissée des alliances et des milices demeure donc en place à travers le Moyen-Orient.

En Irak, le pays est placé sous le « double parrainage impossible » de l’Iran et des Etats-Unis. Alors que des violentes manifestations contre le pouvoir ont eu lieu au cours des derniers mois dans tout le pays, une reprise en main avait été amorcée notamment grâce à l’intervention de Ghassem Soleimani, réduisant encore l’influence de Washington.

Le peuple irakien craint désormais de voir son pays devenir le théâtre de l’affrontement direct entre les deux puissances rivales.

Pour la Syrie, l’entrée de l’Iran dans le jeu syrien avait notamment été marquée par le déploiement de près de 60 000 soldats des forces de Soleimani, dans le but de sauver le régime de Bachar el-Assad. Soleimani avait également contribué à convaincre le président russe Vladimir Poutine de s’engager à son tour. Si sa mort ne remet pas en cause cet engagement, qui constitue une priorité géostratégique pour le Kremlin, elle risque en revanche de modifier le rapport de force entre les alliés Moscou, Damas et Téhéran.

Alors que le Liban est en proie à une grande instabilité politique et sécuritaire depuis plusieurs semaines, la mort d’un haut responsable du Hezbollah dans l’attaque contre Soleimani risque d’affaiblir encore la position de l’organisation, et donc l’influence de l’Iran dans le pays, laissant peu d’espoir pour une stabilisation à court-terme.

Dernière modification le jeudi, 09 janvier 2020 21:33
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